Mon histoire d'amour avec la canicule
Aujourd'hui racontée en trente alexandrins
Comme tu m'as manqué, chaud le soleil très chaud
Toi, cyclope malin aux regards plus qu'ardents
Ton édredon de chair, ce ciel de gris d'opale
N'a de bleu que l'idée que l'on se fait de lui
Ton insolence règne à l'abri des hauts murs
Si ailleurs on vénère le fruit de tes rayons
Ici on te déteste et envie ton pouvoir
Dont la trace se sent sur les corps entassés
Sous le plomb de ton oeil j'observe, intransigeant
Montréal suffoque, ça transpire et ça meurt
La peau bien visqueuse, des cernes sous les yeux
La laideur des villes s'expose sans censure
Sur les peaux basanées comme sur les très blanches
De grosses goûtes roulent et glissent nonchalantes
Disparaissent ensuite, promptement absorbées
Par les tissus frêles des vêtements d'été
Je t'apprécie vraiment, sacrée boule de feu
Qui ralentit le pas creux de la populace
Qui fait sacrer les vielles et brailler les enfants
Qui ne tolère pas, ne discrimine pas
Ah! La canicule, sanction montréalaise
Pour moi une vengeance, une attaque légère
Un p'tit coup de marteau sur la tête des mules
Un croc-en-jambe lent dans les pattes urbaines
Métropolitaine, la foule ploie sous toi
Grand astre justicier, je te fais donc l'offrande
Du sourire amusé qui parfois m'apparait
Au visage : je ris, sales Montréalais!




